“Traditionis custodes” : Mgr Schneider répond aux questions de Diane Montagna (traduction intégrale)

Je vous propose, à la demande de Mgr Schneider, ma traduction française et officielle de l’entretien qu’il vient de donner à Diane Montagna pour “The Remnant”, sur le Motu proprio Traditionis Custodes. C’est un texte vigoureux, où le prélat invite les catholiques attachés à la messe traditionnelle de combattre les velléités des « inquisiteurs de la liturgie » de faire disparaître la messe tridentine. – J.S.

Diane Montagna : Excellence, la nouvelle lettre apostolique du pape François, publiée sous forme de Motu proprio le 16 juillet 2021, s’intitule Traditionis Custodes (Gardiens de la Tradition). Quelle a été votre première impression quant au choix de ce titre ?

Mgr Schneider : Cela m’a d’emblée fait l’impression d’un berger qui, au lieu de porter l’odeur de ses brebis, les frappe rageusement avec un bâton.

Quelles sont vos impressions générales à propos de ce Motu proprio et de la Lettre du Pape François aux évêques du monde entier qui l’accompagne, où il explique ses raisons pour restreindre la Messe latine traditionnelle ?

Dans son exhortation apostolique programmatique Evangelii Gaudium, le Pape François recommande certaines « dispositions qui aident à mieux accueillir l’annonce : proximité, ouverture au dialogue, patience, accueil cordial qui ne condamne pas » (n. 165). Pourtant, à la lecture du nouveau Motu proprio et de la Lettre qui l’accompagne, on a l’impression inverse, à savoir que le document, dans son ensemble, fait preuve d’intolérance pastorale et même de rigidité spirituelle. Le Motu proprio et la Lettre qui l’accompagne communiquent un esprit réprobateur et peu accueillant. Dans le document sur la fraternité humaine (signé à Abu Dhabi le 4 février 2019), le pape François embrasse la « diversité des religions », alors que dans son nouveau Motu proprio, il rejette résolument la diversité des formes liturgiques du rite romain.

Ce Motu proprio présente un contraste d’attitude, ô combien flagrant, par rapport au principe directeur du pontificat du Pape François, à savoir l’inclusion et l’amour préférentiel pour les minorités et ceux qui se trouvent à la périphérie de la vie de l’Église. Et quelle position étonnamment étroite d’esprit ne découvre-t-on pas dans le Motu Proprio, en contradiction avec les propres mots du Pape François : « Nous savons que de différentes parts nous sommes tentés de vivre dans cette logique du privilège qui nous sépare – en séparant, qui nous exclue – en excluant, qui nous enferme – en enfermant les rêves et la vie de tant de nos frères » (Homélie aux Vêpres, 31 décembre 2016). Les nouvelles normes du Motu proprio dénigrent la forme millénaire de la lex orandi de l’Église romaine et, en même temps, elles « enferment les rêves et la vies de tant » de familles catholiques, et en particulier des jeunes et des jeunes prêtres, dont la vie spirituelle et l’amour pour le Christ et l’Église ont grandi et ont grandement bénéficié de la forme traditionnelle de la sainte messe.

Le Motu proprio établit le principe d’une rare exclusivité liturgique, en déclarant que les nouveaux livres liturgiques promulgués sont la seule expression [unica] de la lex orandi du Rite Romain (Art. 1). Quel contraste cette position n’offre-t-elle pas, aussi, par rapport à ces paroles du pape François : « C’est vrai, l’Esprit Saint suscite les différents charismes dans l’Église ; apparemment, cela semble créer du désordre, mais en réalité, sous sa conduite, cela constitue une immense richesse, parce que l’Esprit Saint est l’Esprit d’unité, qui ne signifie pas uniformité » (Homélie du pape François à la cathédrale catholique du Saint-Esprit, Istanbul, samedi 29 novembre 2014).

Quelles sont les plus grandes inquiétudes que suscitent chez vous le nouveau document ?

En tant qu’évêque, l’une de mes principales préoccupations est celle-ci : qu’au lieu de favoriser une plus grande unité par la coexistence de diverses formes liturgiques authentiques, le Motu proprio ne crée une société à deux vitesses dans l’Église, avec des catholiques de première classe et des catholiques de seconde classe. Les privilégiés de première classe sont ceux qui adhèrent à la liturgie réformée, c’est-à-dire au Novus Ordo, tandis que les catholiques de seconde classe, qui seront désormais à peine tolérés, comprennent un grand nombre de familles, d’enfants, de jeunes et de prêtres catholiques qui, au cours des dernières décennies, ont grandi dans la liturgie traditionnelle et ont fait l’expérience, avec un grand bénéfice spirituel, de la réalité et du mystère de l’Église grâce à cette forme liturgique, que les générations précédentes considéraient comme sacrée et qui a formé tant de saints et de catholiques exceptionnels au cours de l’histoire.

Le Motu proprio et la lettre qui l’accompagne commettent une injustice à l’égard de tous les catholiques qui adhèrent à la forme liturgique traditionnelle, en les accusant d’être source de division et de rejeter le Concile Vatican II. En fait, une partie considérable de ces catholiques se tient loin des discussions doctrinales à propos de Vatican II, du nouvel ordre de la Messe (Novus Ordo Missae), et d’autres problèmes liés à la politique ecclésiastique. Ils veulent simplement adorer Dieu dans la forme liturgique par laquelle Dieu a touché et transformé leurs cœurs et leurs vies. L’argument invoqué dans le Motu proprio et la lettre qui l’accompagne, à savoir que la forme liturgique traditionnelle crée des divisions et menace l’unité de l’Église, est contredit par les faits. En outre, le ton désobligeant adopté dans ces documents à l’encontre de la forme liturgique traditionnelle conduirait tout observateur impartial à conclure que ces arguments ne sont qu’un prétexte et une ruse, et que quelque chose d’autre est ici en jeu.

Trouvez-vous probante la comparaison faite par le pape François (dans sa lettre d’accompagnement aux évêques) entre ses nouvelles mesures et celles prises par saint Pie V en 1570 ?

L’époque du concile Vatican II et de l’Église dite « conciliaire » a été caractérisée par une ouverture à la diversité et à l’inclusion des spiritualités et des expressions liturgiques locales, ainsi que par le rejet du principe d’uniformité de la pratique liturgique de l’Église. Tout au long de l’histoire, la véritable attitude pastorale a été celle de la tolérance et du respect envers une diversité de formes liturgiques, à condition qu’elles expriment l’intégrité de la foi catholique, la dignité et le caractère sacré des formes rituelles, et qu’elles portent un véritable fruit spirituel dans la vie des fidèles. L’Église romaine reconnaissait jadis la diversité des expressions dans sa lex orandi. Dans la constitution apostolique promulguant la liturgie tridentine, Quo Primum (1570), le pape Pie V, en approuvant toutes les expressions liturgiques de l’Église romaine qui avaient plus de deux cents ans, les reconnaissait comme une expression également digne et légitime de la lex orandi de l’Église romaine. Dans cette bulle, le pape Pie V a déclaré qu’il n’annulait en aucun cas les autres expressions liturgiques légitimes de l’Église romaine. La forme liturgique de l’Église romaine qui était valide jusqu’à la réforme de Paul VI n’est pas née avec Pie V, mais est restée essentiellement inchangée même pendant des siècles avant le Concile de Trente. La première édition imprimée du Missale Romanum remonte à 1470, soit cent ans avant le missel publié par Pie V. L’ordre de la messe des deux missels est presque identique ; la différence réside davantage dans des éléments secondaires, tels que le calendrier, le nombre de préfaces et des normes rubriques plus précises.

Le nouveau Motu Proprio du pape François est également très préoccupant en ce qu’il manifeste une attitude discriminatoire à l’égard d’une forme liturgique quasi millénaire de l’Église catholique. L’Église n’a jamais rejeté ce qui, au cours de nombreux siècles, a exprimé le caractère sacré, la précision doctrinale et la richesse spirituelle, et a été exalté par de nombreux papes, de grands théologiens (par exemple saint Thomas d’Aquin) et de nombreux saints. Les peuples d’Europe occidentale et, en partie, d’Europe orientale, d’Europe du Nord et du Sud, des Amériques, d’Afrique et d’Asie ont été évangélisés et formés doctrinalement et spirituellement par le rite romain traditionnel, et ces peuples ont trouvé dans ce rite leur demeure spirituelle et liturgique. Le pape Jean-Paul II a donné un exemple d’appréciation sincère de la forme traditionnelle de la Messe, lorsqu’il a affirmé : « Dans le Missel Romain, dit de Saint Pie V, comme dans diverses liturgies orientales, on trouve de très belles prières avec lesquelles le prêtre exprime le plus profond sens d’humilité et de révérence face aux saints mystères: celles-ci révèlent la substance même de toute liturgie » (Message aux participants à l’Assemblée plénière de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, 21 septembre 2001).

Ce serait aller contre le véritable esprit de l’Église de tous les temps que d’exprimer aujourd’hui du mépris pour cette forme liturgique, de la désigner comme « source de division » et comme dangereuse pour l’unité de l’Église, et d’émettre des normes visant à faire disparaître cette forme à terme. Les normes établies par le Motu proprio du pape François cherchent à arracher sans pitié la liturgie traditionnelle des âmes et des vies de tant de catholiques, elle qui est sainte en soi et représente la patrie spirituelle de ces catholiques. Avec ce Motu Proprio, les catholiques qui ont été aujourd’hui spirituellement nourris et formés par la liturgie traditionnelle de la Sainte Mère l’Eglise, ne vivront plus l’Eglise comme une mère mais plutôt comme une « marâtre », conformément à la description qu’en a faite le pape François lui-même : « Une mère qui critique, qui dit du mal de ses enfants n’est pas une mère ! Je crois que l’on dit “marâtre” en italien… Elle n’est pas une mère » (Discours aux religieux du diocèse de Rome, 16 mai 2015).

La lettre apostolique du pape François a été publiée le jour de la fête de Notre-Dame du Mont Carmel, patronne des carmélites (comme sainte Thérèse de Lisieux), qui prient particulièrement pour les prêtres. À la lumière de ces nouvelles mesures, que diriez-vous aux séminaristes diocésains et aux jeunes prêtres qui espéraient célébrer la messe traditionnelle en latin ?

Le cardinal Joseph Ratzinger a abordé la question de la limitation des pouvoirs du pape en matière de liturgie, en donnant cette explication éclairante : « Le Pape n’est pas un monarque absolu dont la volonté fait loi, mais plutôt le gardien de l’authentique Tradition et par là même, le premier garant de l’obéissance. Il ne peut pas faire ce qu’il veut, et c’est justement pour cela qu’il peut s’opposer à ceux qui entendent faire ce qu’ils veulent. La loi à laquelle il doit s’en tenir n’est pas d’agir ad libitum, mais l’obéissance à la foi. C’est pourquoi, par rapport à la liturgie, il exerce la tâche du jardinier, et non pas celle du technicien qui construit des machines neuves en jetant les vieilles. Le “rite”, c’est-à-dire la forme de célébration et de prière qui mûrit dans la foi et dans la vie de l’Église, est une forme condensée de la Tradition vivante dans laquelle la sphère du rite exprime l’ensemble de sa foi et de sa prière, permettant ainsi en même temps d’expérimenter la communion entre les générations, la communion avec ceux qui priaient avant nous et prieront après nous. Ainsi le rite apparaît comme un don fait à l’Église, une forme vivante de paradosis, de transmission de la Tradition » (Préface du livre The Organic Development of the Liturgy.  The Principles of Liturgical Reform and Their Relation to the Twentieth-century Liturgical Movement Prior to the Second Vatican Council par Dom Alcuin Reid, San Francisco 2004).

La Messe traditionnelle est un trésor qui appartient à toute l’Église, puisque les prêtres et les saints l’ont célébrée et profondément estimée et aimée depuis mille ans au moins. En fait, la forme traditionnelle de la Messe était déjà presque la même pendant des siècles avant la publication du Missel du pape Pie V en 1570. Un trésor liturgique valide et hautement estimé, vieux de près de mille ans, n’est pas la propriété privée d’un pape, dont il pourrait librement disposer. Par conséquent, les séminaristes et les jeunes prêtres doivent demander le droit d’utiliser ce trésor commun de l’Église, et si ce droit leur était refusé, ils pourraient néanmoins l’utiliser, peut-être de manière clandestine. Ce ne serait pas un acte de désobéissance, mais plutôt d’obéissance à la Sainte Mère l’Église qui nous a donné ce trésor liturgique. Le ferme rejet d’une forme liturgique quasi millénaire par le pape François représente, en effet, un phénomène éphémère par rapport à l’esprit et à la praxis constants de l’Église.

Excellence, quelle a été votre impression jusqu’à présent quant à la mise en œuvre de Traditionis Custodes ?

En quelques jours à peine, des évêques diocésains et même une conférence épiscopale entière ont déjà commencé à supprimer systématiquement toute célébration de la forme traditionnelle de la Sainte Messe. Ces nouveaux « inquisiteurs de la liturgie » ont fait preuve d’un cléricalisme étonnamment rigide, semblable à celui décrit et déploré par le pape François, lorsqu’il a déclaré : « Il existe cet esprit de cléricalisme dans l’Église, que l’on sent : les clercs se sentent supérieurs, les clercs s’éloignent des gens, les clercs disent toujours : “cela se fait ainsi, ainsi, ainsi, et vous, allez vous-en!” » (Méditation quotidienne de la sainte messe du 13 décembre 2016).

Le Motu proprio anti-traditionnel du pape François partage certaines similitudes avec les décisions liturgiques fatidiques et extrêmement rigides prises par l’Église russe-orthodoxe sous le patriarche Nikon de Moscou entre 1652 et 1666. Elles avaient fini par aboutir à un schisme durable connu sous le nom de « Vieux Ritualistes » (en russe : staroobryadtsy), qui ont maintenu les pratiques liturgiques et rituelles de l’Église russe telles qu’elles existaient avant les réformes du patriarche Nikon. Résistant à l’adaptation de la piété russe aux formes contemporaines du culte grec-orthodoxe, ces vieux ritualistes ont été anathématisés, ainsi que leur rituel, lors du synode de 1666-67, ce qui a provoqué une division entre les vieux ritualistes et ceux qui ont suivi l’Église d’État dans sa condamnation du vieux rite. Aujourd’hui, l’Église orthodoxe russe regrette les décisions draconiennes du patriarche Nikon, car si les normes qu’il a mises en œuvre avaient réellement été pastorales, et qu’elles avaient permis l’utilisation de l’ancien rite, il n’y aurait pas eu un schisme de plusieurs siècles, avec de nombreuses souffrances inutiles et cruelles.

Nous assistons aujourd’hui à un nombre croissant de célébrations de la sainte messe, qui sont devenues une plate-forme pour promouvoir le mode de vie pécheur de l’homosexualité – les « messes LGBT », une expression qui, en soi, est déjà un blasphème. De telles messes sont tolérées par le Saint-Siège et de nombreux évêques. Il est urgent d’adopter un Motu proprio avec des normes strictes supprimant la pratique de ces « messes LGBT », car elles sont un outrage à la majesté divine, un scandale pour les fidèles (les petits) et une injustice envers les personnes homosexuelles sexuellement actives qui, par ces célébrations, sont confirmées dans leurs péchés et dont le salut éternel est ainsi mis en danger.

Pourtant, un certain nombre d’évêques, notamment aux Etats-Unis mais aussi ailleurs, comme en France, ont soutenu les fidèles de leur diocèse attachés à la messe latine traditionnelle. Que diriez-vous pour encourager ces frères évêques ? Et quelle attitude les fidèles doivent-ils avoir à l’égard de leurs évêques, dont beaucoup ont été eux-mêmes surpris par le document ?

Ces évêques ont fait preuve d’une véritable attitude apostolique et pastorale, comme ceux qui sont « des bergers avec l’odeur des brebis ». J’encourage ces évêques et beaucoup d’autres à poursuivre cette noble attitude pastorale. Que ni les louanges des hommes ni la crainte des hommes ne les animent, mais seulement la plus grande gloire de Dieu, et le plus grand bénéfice spirituel des âmes et leur salut éternel. De leur côté, les fidèles doivent manifester à l’égard de ces évêques, gratitude, respect et amour filial.

Quel effet produira selon vous le Motu Proprio ?

Le nouveau Motu proprio du Pape François est finalement une victoire à la Pyrrhus ; il aura un effet boomerang. Les nombreuses familles catholiques et le nombre toujours croissant de jeunes et de prêtres – en particulier de jeunes prêtres – qui assistent à la messe traditionnelle, ne pourront pas permettre que leur conscience soit violée par un acte administratif aussi radical. Dire à ces fidèles et à ces prêtres qu’ils doivent simplement être obéissants à ces normes ne fonctionnera pas avec eux, en définitive, parce qu’ils comprennent qu’un appel à l’obéissance perd son pouvoir quand le but est de supprimer la forme traditionnelle de la liturgie, le grand trésor liturgique de l’Église romaine.

Avec le temps, une chaîne mondiale de messes-catacombes va certainement apparaître, comme cela se produit en période d’urgence et de persécution. Il se peut que nous assistions à une ère de messes traditionnelles clandestines, semblables à celle, si impressionnante, dépeinte par Aloysius O’Kelly dans son tableau Mass in Connemara (Ireland) during Penal Times. Ou peut-être vivrons-nous une époque semblable à celle décrite par saint Basile le Grand, lorsque les catholiques traditionnels étaient persécutés par un épiscopat arien libéral au quatrième siècle. Saint Basile écrivait : « Les bouches des vrais croyants sont muettes, tandis que toute langue blasphématoire s’agite librement ; les choses saintes sont foulées aux pieds ; les meilleurs laïcs fuient les églises comme des écoles d’impiété ; et ils lèvent leurs mains dans les déserts avec des soupirs et des larmes vers leur Seigneur dans le ciel. Vous avez dû entendre ce qui se passe dans la plupart de nos villes, comment nos gens, avec femmes et enfants, et même nos vieillards, sortent en courant devant les murs, et font leurs prières en plein air, supportant avec une grande patience tous les inconvénients du temps, et attendant le secours du Seigneur » (Lettre 92).

La diffusion admirable, harmonieuse et tout à fait spontanée de la forme traditionnelle de la Messe et sa croissance continue, dans presque tous les pays du monde, y compris dans les terres les plus reculées, est sans aucun doute l’œuvre de l’Esprit Saint, et un véritable signe de notre temps. Cette forme de la célébration liturgique porte de véritables fruits spirituels, en particulier dans la vie des jeunes et des convertis à l’Église catholique, car beaucoup de ces derniers ont été attirés à la foi catholique précisément grâce au pouvoir irradiant de ce trésor de l’Église. Le pape François et les autres évêques qui exécuteront son Motu proprio devraient sérieusement prendre en considération le sage conseil de Gamaliel, et se demander s’ils ne sont pas en train de lutter contre une œuvre de Dieu : « Et maintenant je vous dis : Retirez-vous de ces hommes, et laissez-les aller ; car si ce conseil ou cette œuvre vient des hommes, elle (se) dissoudra ; mais si elle vient de Dieu, vous ne pourrez pas la dissoudre, et vous risquez de combattre contre Dieu même ! » (Actes 5, 38-39). Puisse le pape François reconsidérer, en vue de l’éternité, son acte draconien et tragique, et rétracter courageusement et humblement ce nouveau Motu proprio, en rappelant ses propres paroles : « En réalité, l’Église se montre fidèle à l’Esprit Saint dans la mesure où elle n’a pas la prétention de le régler ni de le domestiquer » (Homélie à la cathédrale catholique du Saint-Esprit, Istanbul, samedi 29 novembre 2014).

En attendant, de nombreuses familles catholiques, des jeunes et des prêtres de tous les continents pleurent maintenant, car le Pape – leur père spirituel – les a privés de la nourriture spirituelle de la Messe traditionnelle, qui a tant renforcé leur foi et leur amour pour Dieu, pour la Sainte Mère l’Église et pour le Siège Apostolique. Ils peuvent, pour un temps, « s’en aller en pleurant, jetant la semence ;

ils s’en viennent, ils s’en viennent dans la joie, ils rapporte les gerbes. » (Psaume 126, 6).

Ces familles, ces jeunes et ces prêtres pourraient adresser au pape François des mots semblables à ceux-ci : « Très Saint Père, rendez-nous ce grand trésor liturgique de de l’Église. Ne nous traitez pas comme vos enfants de seconde zone. Ne violez pas nos consciences en nous obligeant à adopter une forme liturgique unique et exclusive, vous qui avez toujours proclamé au monde entier la nécessité de la diversité, de l’accompagnement pastoral et du respect de la conscience. N’écoutez pas les représentants d’un cléricalisme rigide qui vous ont conseillé de réaliser une action aussi impitoyable. Soyez un vrai père de famille, qui “tire de son trésor ce qui est nouveau et ce qui est ancien” (Mt 13, 52). Si vous voulez bien entendre notre voix, au jour de votre jugement devant Dieu, nous serons vos meilleurs intercesseurs.